Comment nos émotions et pensées alimentent les conflits
- Ines Sellami

- 5 déc. 2025
- 4 min de lecture
Il vous est déjà arrivé de quitter une dispute en vous demandant :« Pourquoi j’ai réagi comme ça ? » ou « Pourquoi on se dispute toujours pour les mêmes choses ? »
Le conflit ne surgit pas de nulle part. Il se développe généralement à travers une série de réactions émotionnelles et mentales qui s’alimentent mutuellement. Comprendre ce processus peut nous aider à arrêter de répéter les mêmes schémas et à réagir de manière plus saine.
Cet article présente deux modèles utiles pour comprendre le conflit :
Le cycle individuel (ce qui se passe en nous)
Le cycle interpersonnel (ce qui se passe entre nous)
et comment les utiliser dans la vie quotidienne.
1. Le cycle individuel : ce qui se passe en nous (émotions et pensées)

Lorsqu’il se passe quelque chose de désagréable, nous ne “choisissons” pas immédiatement notre réaction. Nous passons par une chaîne de réactions, souvent sans nous en rendre compte :
Situation / Contexte
Émotions
Pensées
Motivations (ce que l’on veut ou dont on a besoin)
Comportement
Conséquences
Ces conséquences influencent ensuite ce qui se passe ensuite — créant ainsi un cycle.
Exemple concret

1. Situation :Un collègue pose la même question pour la quatrième fois.
2. Émotion :Vous vous sentez en colère et stressé·e.
3. Pensée :« Il ne fait même pas d’effort. »
4. Motivation :« Je veux juste qu’il me laisse tranquille. »
5. Comportement :Vous répondez sur un ton sec.
6. Conséquence :Il est blessé et vous évite ensuite.
Plus tard, vous remarquez qu’il ne vous parle plus, ce qui devient la nouvelle situation, et déclenche de nouvelles émotions, pensées et comportements.
C’est ainsi que les disputes et les ressentiments s’accumulent au fil du temps, souvent sans le vouloir.
Pourquoi c’est important
En regardant le conflit de cette manière, on voit que le comportement n’est pas aléatoire ou malveillant. Il provient souvent d’émotions non reconnues, de pensées non examinées, et de besoins non exprimés.
Cette prise de conscience nous donne plus de contrôle.
2. Comment utiliser cela au quotidien
La prochaine fois que vous êtes contrarié·e par quelqu’un, posez-vous ces questions :
Quelle émotion ai-je ressentie en premier ?
Quelle histoire je me suis racontée à propos de cette situation ?
De quoi avais-je besoin à ce moment-là ?
Comment ai-je agi en conséquence ?
Qu’est-ce que cette réaction a provoqué ensuite ?
Il n’est pas nécessaire de tout changer d’un coup. Parfois, juste nommer la première émotion suffit à apaiser la réaction.
3. Quand on a du mal à nommer ses émotions

Beaucoup de personnes ne connaissent que les émotions “de base” :
Colère
Peur
Joie
Tristesse
Dégoût
Surprise
Ce qui rend difficile l’expression de ce qu’elles ressentent vraiment.
Un jour, une personne me disait simplement :« J’étais juste en colère. »
Mais en utilisant une liste d’émotions organisée par catégories, elle a réalisé qu’elle ressentait en réalité :
frustration
impatience
anxiété
ressentiment
Être capable d’identifier ces nuances l’a aidée à :
comprendre ses réactions
saisir pourquoi elle se sentait tendue
exprimer son expérience de manière plus claire
Résultat : le conflit avait plus de sens et paraissait moins accablant.
4. Le cycle interpersonnel : ce qui se passe entre deux personnes

Le conflit ne se produit pas uniquement en nous. Il se produit entre les personnes, et les réactions rebondissent comme une balle de ping-pong.
Voici comment fonctionne le cycle d’interaction :
Personne 1 :Ressent quelque chose → pense quelque chose → réagit
Cette réaction devient le déclencheur pour:
Personne 2 :Ressent quelque chose → pense quelque chose → réagit
Ce qui devient un nouveau déclencheur pour la personne 1, et ainsi de suite.
Exemple

Personne 1 parle d'un ton sévère.
Personne 2 se sent blessée et se retire.
Personne 1 se sent coupable ou en colère d’être ignorée.
Personne 2 se sent encore plus distante.
Personne ne l’avait prévu. Les deux réagissaient à des émotions et pensées internes que l’autre ne pouvait pas voir.
Pourquoi c’est important
En observant seulement les comportements :
ton sec
partir
ignorer les messages
il est facile de qualifier l’autre de :
impoli
puéril
froid
insensible
Mais derrière ces comportements se cachent des processus invisibles :
stress
peur
insécurité
honte
frustration
besoin de réconfort
Le conflit ne persiste pas parce que les gens sont “méchants”, mais parce que personne ne nomme ce qui se passe vraiment à l’intérieur.
5. Comment briser le cycle
Briser le cycle ne nécessite pas un grand discours ou des compétences parfaites en communication.
Cela commence par :
Remarquer ce que vous ressentez
Le nommer clairement
Identifier ce dont vous avez besoin
L’exprimer avec douceur plutôt que de réagir automatiquement
Par exemple, au lieu de :« Pourquoi tu fais toujours ça ?! »
Essayez :« Je me sens vraiment dépassé·e et j’ai besoin d’une minute pour me calmer. »
Ou au lieu de se retirer en silence :« Je suis blessé·e et je ne sais pas encore comment en parler, mais je ne veux pas qu’on se dispute. »
De petits changements peuvent transformer la dynamique.
6. Pourquoi ces outils sont utiles
Comprendre ces cycles aide à :
cesser d’agir en pilote automatique
reconnaître les déclencheurs émotionnels
exprimer ses besoins au lieu de blâmer
ressentir plus de compassion pour soi et pour l’autre
réduire la honte et la défensive
rendre le conflit moins chaotique et plus constructif
Pas besoin d’être parfait·e pour briser le cycle. Il suffit d’être un peu plus conscient·e à chaque fois.



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